Dossiers de révision : les défis de la restauration

03. Mars. 2026

Traitement d’un calque de gravure LT TAR 368 Lauperswil sur table lumineuse. Copyright Moser Photography

De nombreuses étapes de travail étaient nécessaires pour assurer la mise à jour de l’Atlas topographique de la Suisse (carte Siegfried). Les dossiers de révision de la collection de cartes de swisstopo témoignent de la complexité et de la diversité des tâches requises. Ces dossiers sont actuellement en cours de restauration et de numérisation.

Lea Dauwalder

Lea Dauwalder

Conservatrice-restauratrice de la collection de cartes

Les dossiers de révision contiennent le matériel de travail destiné aux mises à jour de la carte Siegfried dont la première édition parut entre 1870 et 1926. L’ensemble des cartes fut ensuite mis à jour périodiquement jusqu’en 1949. 

Diversité

Le matériel contenu dans les dossiers de révision se distingue par sa grande diversité : les ébauches, les calques de gravure et les corrections sont réalisées sur du carton léger, du papier et sur différents papiers calques. Il s’agit parfois de feuilles de carte complètes, finement dessinées à la plume et aux crayons de couleur sur des calques de gravure. D’autres fois, on trouve des corrections faites sur des copies de l’ancienne carte. D’autres dossiers regorgent d’annotations ou de chiffres à associer à certaines régions cartographiques et parfois, ce ne sont que quelques traits montrant le nouveau tracé d’une route. 

Tous ces documents se distinguent par la précision et l’habileté manuelle dont ont fait preuve les topographes.

Le traitement de restauration des dossiers de révision s’inscrit dans la continuité de vastes mesures de conservation. En effet, les dossiers de révision se trouvaient à l’origine dans de fines chemises placées dans l’armoire des archives. Les cartes et esquisses étaient conservées, quant à elles, dans des enveloppes inappropriées pour cet usage et n’étaient pas toujours bien classées par numéro. Ces documents étaient parfois dans un état préoccupant. Il n’aurait pas été possible de les consulter sans risquer de les endommager davantage.

L’ensemble du fonds a été traité sur le plan conservatoire et en partie restauré par deux stagiaires de swisstopo entre 2011 et 2013. Dans le cadre du travail d’inventaire, les dossiers de révision ont été regroupés sous chaque cote, de LT TAR 1 à LT TAR 555, avec la feuille de carte correspondante.

Les travaux de restauration ont repris en 2021 avec pour objectif de rendre l’ensemble du fonds accessible au grand public grâce à sa numérisation. Le fonds est donc actuellement progressivement restauré avant d’être numérisé.

Papier calque

Les cartons légers et les dossiers de révision sur papier présentent d’importantes déchirures et des coins écornés. Mais ce sont les papiers calques sensibles à l’eau qui nécessitent une attention particulière lors de l’évaluation de l’état des documents. 

Certains ont un aspect parcheminé et paraissent assez stables. D’autres, en revanche, tombent presque en miettes au simple contact ; ils sont fortement brunis et friables. Les différentes méthodes de fabrication et le stockage inapproprié pendant des décennies ont influencé de manière variable la dégradation des papiers calques. 

En raison de leur utilisation comme matériel de travail, presque toutes les feuilles présentent des déchirures et des trous qui ont été réparés avec des bandes en matériau similaire, associées à une colle au gluten, ou au moyen de bandes adhésives gommées ou de produits similaires. Mais le haut degré d’humidité de la colle a provoqué, sur le document original, des gondolages irréversibles parfois très prononcés. De plus, ces réparations forment des arêtes nettes et anguleuses dans le papier fin d’origine et peuvent mener à une rigidification ou à des points de rupture. Par ailleurs, ces colmatages sont fortement visibles à travers le papier transparent.

Quand le poisson participe à la restauration

La restauration des déchirures et des trous dans les cartons se fait au moyen de colle d’amidon de blé et de papier japonais. 

Mais dans le cas du papier calque, la colle d’amidon de blé n’adhérerait pas suffisamment aux surfaces lisses. On a donc recours ici à un autre adhésif de conservation éprouvé : la colle de poisson, obtenue à partir de vessies natatoires purifiées d’esturgeon. Il suffit d’utiliser pour cela de petits granulés de vessie natatoire séchés, ramollis dans l’eau, puis dissous à basse température pour obtenir une colle liquide. 

Les anciennes réparations sont, dans la mesure du possible, retirées à sec et la colle précédente est réduite. Grâce à un papier japonais ultra-mince et à la fameuse colle de poisson, les déchirures sont alors finement colmatées et se remarquent beaucoup moins. Des papiers japonais légèrement plus épais sont utilisés pour combler les morceaux manquants. Il est nécessaire de procéder par petites zones et avec rapidité : les parties encollées doivent être immédiatement mises sous buvard et maintenues sous poids afin d’éviter toute ondulation du document original délicat. 

Mais quand les papiers sont si fragiles qu’un mouvement suffit à provoquer de nouvelles fissures, ils sont alors doublés intégralement de papier japonais très fin et d’une colle soluble dans l’eau et l’éthanol (Klucel). Pour cela, le papier japonais est recouvert au préalable de colle, puis réactivé avec de l’éthanol pour le doublage. Cette technique présente l’avantage de se passer d’eau, prévenant ainsi les ondulations. Qui plus est, les originaux stabilisés peuvent être montés, si besoin, sur un support papier permettant une manipulation encore moins risquée.

D’un point de vue artisanal, les défis liés à la restauration des papiers calques des dossiers de révision sont considérables. Ce travail minutieux, comparable parfois à la recomposition d’un puzzle, est récompensé par la beauté du matériel cartographique ainsi reconstitué. 

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